Sidi Mohamed Kagnassi : réussir en entrepreneuriat, c’est créer de la valeur au-delà du profit

En Côte d’Ivoire, Sidi Mohamed Kagnassi est reconnu comme un administrateur influent et une figure de premier plan du monde des affaires. Sa vision de l’entrepreneuriat se distingue par une idée forte : la réussite ne se mesure pas uniquement en chiffres financiers. Elle se juge aussi à la capacité d’une entreprise à influencer positivement la société, à encourager un développement durable et à transmettre des compétences aux générations suivantes.

Cette approche est particulièrement stratégique dans un contexte où les défis structurels sont immenses, mais où les opportunités le sont tout autant : pression démographique, besoin massif de création d’emplois, transformation numérique accélérée et montée en puissance de l’intelligence artificielle (IA). Dans ce paysage, soutenir les jeunes entrepreneurs n’est pas un geste symbolique : c’est un levier concret de croissance, de stabilité et de prospérité.


Une réussite qui dépasse le seul prisme financier

Pour Sidi Mohamed Kagnassi, la performance économique reste importante, mais elle ne constitue pas une destination en soi. La course au profit ne suffit pas à construire un projet entrepreneurial durable : elle peut motiver à court terme, mais peine à fédérer des équipes, à gagner la confiance des partenaires et à générer un impact positif dans la durée.

À l’inverse, une entreprise qui intègre dès le départ des objectifs d’impact peut renforcer sa solidité :

  • Impact social: création d’emplois, services essentiels, inclusion.
  • Développement durable: pratiques plus éthiques, meilleure gestion des ressources, attention aux effets environnementaux.
  • Transmission: mentorat, apprentissage, montée en compétences des jeunes talents.

Ce triptyque n’est pas opposé à la performance. Bien au contraire : il aide à bâtir une proposition de valeur claire, une réputation crédible et une organisation résiliente.


Pourquoi soutenir les jeunes entrepreneurs devient une priorité économique

Le diagnostic posé par Sidi Mohamed Kagnassi est simple : l’entrepreneuriat peut contribuer à répondre à au moins deux grands défis pour l’avenir du continent, l’emploi des jeunes et le développement économique.

La pression sur le marché du travail est considérable. Selon la Banque mondiale, 11 millions de jeunes entreront sur le marché du travail chaque année durant la prochaine décennie. Dans ce contexte, encourager la création d’entreprises revient à :

  • transformer des ambitions en projets réels et structurés ;
  • créer des emplois directs et indirects ;
  • stimuler la production locale et les chaînes de valeur ;
  • renforcer la capacité d’innovation face aux besoins du marché.

Le bénéfice est collectif : plus les pays facilitent la création d’entreprises, plus les économies peuvent gagner en dynamisme, en diversification et en attractivité.


Le nerf de la guerre : un accès au financement à renforcer

Créer, lancer, puis faire grandir une entreprise demande des ressources. Or, l’un des freins majeurs reste l’accès au financement. Sidi Mohamed Kagnassi appelle banques et gouvernements à travailler main dans la main pour améliorer l’écosystème de financement des PME.

Selon la Société Financière Internationale (SFI), les PME africaines feraient face à un manque de financement annuel estimé à 330 milliards de dollars. Cet écart n’est pas qu’un chiffre : il représente des entreprises qui ne peuvent pas investir, recruter, exporter, se digitaliser ou simplement passer à l’échelle.

Ce que l’amélioration du financement peut débloquer

  • Accélération de la croissance: capacité à investir en équipements, marketing, distribution.
  • Création d’emplois: recrutement et structuration des équipes.
  • Formalisation: meilleure gouvernance, traçabilité, conformité.
  • Innovation: expérimentation, R&D, adoption de solutions numériques.

L’enjeu est de rendre le capital plus accessible et mieux adapté aux réalités des PME : besoins de trésorerie, cycles d’activité, garanties, accompagnement non financier.


Transmettre les compétences : “Être entrepreneur s’apprend”

Sidi Mohamed Kagnassi insiste sur une idée souvent sous-estimée : l’entrepreneuriat n’est pas seulement un talent, c’est aussi une compétence qui se construit. Gestion, stratégie, finance, vente, recrutement, opérations… autant de domaines où l’expérience fait la différence.

Dans cette logique, les entrepreneurs expérimentés ont un rôle clé : partager des retours de terrain, éviter des erreurs classiques, accélérer l’apprentissage, et aider à prendre des décisions plus lucides. Le mentorat devient alors un investissement à fort rendement social, car il améliore les chances de survie et de croissance des projets.

Ce que le mentorat apporte concrètement aux jeunes entrepreneurs

  • Clarté: mieux définir un marché, une proposition de valeur, un modèle économique.
  • Méthode: apprendre à tester, mesurer, ajuster rapidement.
  • Réseau: accès à des partenaires, fournisseurs, talents et opportunités.
  • Confiance: développer une posture de dirigeant et une prise de décision assumée.

Réseaux sociaux : un mentorat à l’échelle et une vitrine pour entreprendre

Bien que discret de nature, Sidi Mohamed Kagnassi explique que sa présence sur les réseaux sociaux répond à une conviction : les plateformes numériques sont un puissant moyen de partage. Quand l’emploi du temps ne permet pas un mentorat traditionnel, le digital offre une alternative efficace pour diffuser des principes, des méthodes et des repères.

Les réseaux sociaux jouent aussi un rôle de tremplin: ils aident à présenter un produit, tester un message, recruter des clients, attirer des talents et crédibiliser une marque. En Afrique de l’Ouest, le nombre d’utilisateurs est estimé à 57,73 millions (Data Reportal), un indicateur clair du potentiel de visibilité et de marché.

Comment en tirer des bénéfices, sans se disperser

  • Construire une preuve de sérieux: présenter des cas clients, des démonstrations, des résultats.
  • Éduquer le marché: expliquer un problème et la solution proposée.
  • Recruter: identifier des profils motivés, attirer des partenaires.
  • Apprendre: capter des tendances, observer la concurrence, ajuster son positionnement.

Numérique et intelligence artificielle : les opportunités se déplacent déjà

Pour Sidi Mohamed Kagnassi, l’entrepreneur d’aujourd’hui doit être en phase avec un monde en constante évolution, fortement influencé par la digitalisation. L’enjeu n’est pas “d’être à la mode”, mais de se placer là où se créent les nouveaux usages, les nouveaux canaux de distribution et les nouvelles productivités.

Des estimations publiées par la SFI et Google indiquent que l’économie numérique représentera plus de 5,2 % du PIB africain d’ici 2025. Cette trajectoire est portée par l’infrastructure et l’adoption : en moyenne, 84 % des personnes vivant en Afrique subsaharienne résident dans des zones couvertes en 3G, et 54 % en 4G.

Dans ce cadre, l’intelligence artificielle est présentée comme une nouvelle vague technologique qui viendra bousculer les habitudes. Le message est clair : il vaut mieux apprendre tôt et expérimenter, plutôt que subir tard et rattraper dans l’urgence.

Domaines où le numérique crée des avantages immédiats pour une PME

  • Vente: prospection, acquisition client, e-commerce, paiement digital.
  • Service client: support plus rapide, meilleure rétention.
  • Gestion: facturation, suivi des stocks, pilotage de la trésorerie.
  • Marketing: meilleure mesure des performances et ajustements rapides.

Une jeunesse nombreuse : un atout à transformer en puissance économique

Sidi Mohamed Kagnassi rappelle un élément structurant : la moitié de la population africaine aura moins de 25 ans en 2050. Cela signifie un besoin massif d’opportunités, mais aussi un réservoir exceptionnel d’énergie, d’idées et de capacités d’adaptation.

Dans la même dynamique, il souligne l’ampleur du marché : d’après l’ONU, le continent représente un PIB combiné de 3,5 billions de dollars. Cette taille de marché, couplée à une démographie jeune, renforce l’intérêt d’investir dans des projets capables de :

  • créer des solutions locales à grande échelle ;
  • moderniser des secteurs clés (services, commerce, formation, santé, agriculture, logistique) ;
  • développer des entreprises exportables et compétitives ;
  • structurer des écosystèmes de PME solides.

Développement durable : une attente qui devient une condition de performance

Selon la perspective défendue par Sidi Mohamed Kagnassi, les entrepreneurs de demain n’auront pas vraiment le choix d’être engagés ou non : le développement durable devient un cadre de référence. Les entreprises sont directement concernées par leurs impacts sur l’environnement et la société, et l’Afrique subit déjà des effets visibles (sécheresses, hausse des températures, érosion des littoraux).

Il souligne également l’existence d’initiatives internationales telles que le Pacte mondial des Nations unies, qui encouragent des pratiques plus responsables. Pour une entreprise, intégrer ces principes peut apporter des bénéfices concrets :

  • Différenciation: une marque plus crédible et plus attractive.
  • Accès à des opportunités: marchés, partenariats, programmes d’accompagnement.
  • Résilience: anticipation des risques et meilleure continuité d’activité.
  • Attraction des talents: des équipes fières du projet et plus engagées.

Le rapport à l’échec : une compétence de résilience

Un conseil ressort avec force : ne pas avoir peur de l’échec. Sidi Mohamed Kagnassi le décrit comme une étape intégrante du chemin entrepreneurial, souvent catalyseur de progrès. Apprendre à analyser ce qui n’a pas fonctionné, corriger, puis recommencer est une compétence centrale, autant que la stratégie ou la finance.

« Ce sont les échecs bien supportés qui donnent le droit de réussir ». (Jean Mermoz, cité par Sidi Mohamed Kagnassi)

Cette posture encourage une prise de risque mieux maîtrisée : on ose plus, on teste plus vite, et on maximise ses chances de trouver le bon produit, le bon canal, le bon modèle.


Repères chiffrés à retenir (et pourquoi ils comptent)

IndicateurChiffreCe que cela implique pour l’entrepreneuriatSource citée
Entrées annuelles de jeunes sur le marché du travail (prochaine décennie)11 millions / anBesoin massif de création d’emplois et d’entreprisesBanque mondiale
Manque annuel de financement des PME en Afrique330 milliards de dollars / anFrein majeur à la croissance, à l’investissement et au recrutementSFI
Part estimée de l’économie numérique dans le PIB africain> 5,2 % d’ici 2025Le digital devient un moteur de valeur et d’opportunitésSFI et Google
Couverture moyenne en Afrique subsaharienne84 % (3G) ; 54 % (4G)Base d’usage pour les services numériques et l’expansion digitaleChiffres cités dans l’entretien
Utilisateurs des réseaux sociaux en Afrique de l’Ouest57,73 millionsVitrine commerciale et canal de communication à grande échelleData Reportal
PIB combiné de l’Afrique3,5 billions de dollarsUn marché majeur, attractif pour les entreprises à impact et à échelleONU
Part de la population africaine âgée de moins de 25 ans50 % en 2050Réservoir de talents, mais aussi pression sur l’emploi et la formationChiffre cité dans l’entretien

Plan d’action : comment traduire cette vision en résultats

Pour les jeunes entrepreneurs : 7 leviers immédiats

  1. Formuler une ambition d’impact: quel changement social ou économique concret votre entreprise apporte-t-elle ?
  2. Se former: gestion, vente, finances, opérations, négociation. Être entrepreneur s’apprend.
  3. Construire une présence numérique utile: contenu orienté client, preuves, cas d’usage, clarté de l’offre.
  4. Mesurer: suivre quelques indicateurs simples (ventes, marge, trésorerie, satisfaction).
  5. Structurer son réseau: mentors, pairs, partenaires. Le capital relationnel accélère la traction.
  6. Tester vite: accepter l’itération, apprendre de l’échec, ajuster sans s’épuiser.
  7. Adopter le réflexe “durable”: décisions éthiques, efficacité énergétique, transparence, responsabilité.

Pour les banques et les gouvernements : 5 axes de progrès à fort rendement

  1. Faciliter la création d’entreprise: rendre les démarches plus accessibles et plus rapides.
  2. Développer des mécanismes adaptés aux PME: produits et accompagnement alignés sur leurs cycles.
  3. Renforcer l’éducation entrepreneuriale: formation, accompagnement, mentorat structuré.
  4. Accélérer la digitalisation: pour réduire les coûts, améliorer la transparence et élargir l’accès.
  5. Valoriser l’impact: soutenir les projets qui créent de l’emploi et des solutions durables.

Ce qu’il faut retenir

Le message porté par Sidi Mohamed Kagnassi est pragmatique et mobilisateur : l’Afrique dispose d’un potentiel considérable, mais la réussite entrepreneuriale doit être pensée comme une création de valeur complète, combinant performance, impact social, durabilité et transmission.

Avec 11 millions de jeunes entrant chaque année sur le marché du travail, un déficit de financement des PME estimé à 330 milliards de dollars, et une économie numérique appelée à représenter plus de 5,2 % du PIB africain d’ici 2025, la voie est claire : soutenir les entrepreneurs, les former, financer leur croissance, et les aider à saisir les opportunités du numérique et de l’IA.

À l’échelle d’une entreprise comme à celle d’un pays, c’est une stratégie gagnante : plus d’emplois, plus d’innovation, plus de résilience, et une prospérité plus durable.

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